EXILS INTRA-MUROS / ET SI C'ÉTAIT VOUS ? - Marc Melki
          
EXILS INTRA-MUROS / ET SI C'ÉTAIT VOUS ?
Parallèlement à EXILS INTRA-MUROS, reportage au long cours dans Paris, ET SI C'ÉTAIT VOUS ? est une action photographique, collective et solidaire qui mobilise de nombreuses personnalités sur la question de l’hébergement des sans-abri. Devenue un livre publié par les éditions Actes Sud, tous les bénéfices de la vente de cet ouvrage (10€) seront reversés à l'association Droits d'urgence qui agit sur le terrain au quotidien. Droits d'urgence, "le droit d'être quelqu'un".

Urgence de la fraternité : lettre ouverte à nos élus, à notre gouvernement, à notre président de la République.

En France en 2018, des personnes seules, des mineurs isolés, des familles vivent et dorment dans la rue ou dans des bidonvilles. C’est une faillite morale, sociétale, sanitaire et économique. Des associations, des bénévoles, des citoyens indignés font ce qu’ils peuvent pour leur venir en aide. Le 115 est débordé, les centres d’hébergement sont saturés, les évacuations à répétition ne font que jeter à nouveau à la rue des personnes sans-abri ou les renvoyer dans d’autres bidonvilles, les enfants sont déscolarisés. L'hébergement en hôtel ne peut pas être une solution sur le long terme.
Ces solutions précaires coûtent extrêmement cher à l’État, mais ne règlent rien sur le fond.

Il est temps que l’extrême pauvreté soit la priorité des politiques en France comme en Europe.
Empathie, Fraternité, Humanité.

Faire dormir les uns afin de réveiller les autres.

Pour sensibiliser l’opinion et les pouvoirs publics, des personnalités ont accepté d’expérimenter ce sentiment d’invisibilité qui touche tous les sans-abri : migrants intra- ou extra-communautaires qui ont fui la guerre, les discriminations ou la misère, comme ceux qui ici trébuchent et se retrouvent à la rue. Elles prennent la pose et la parole.
Nous le répétons haut et fort : laisser des personnes vivre dans la rue ou dans des bidonvilles non seulement les prive de leurs droits fondamentaux, mais renforce la stigmatisation à leur égard, les expose aux manifestations de rejet et favorise la montée des populismes.
Il est inadmissible que dans notre pays des enfants dorment sur les trottoirs.

Nous demandons :
– un hébergement digne pour TOUS les sans-abri et leurs enfants, quelle que soit leur origine ;
– un hébergement immédiat et une scolarisation pour les mineurs isolés étrangers ;
– un numéro d’appel d’urgence (115) qui ait les moyens de faire face à l’afflux des demandes ;
– que nos élus luttent contre toutes les discriminations et les dénoncent haut et fort ;
– que le gouvernement arrête les politiques d’expulsion des habitants des bidonvilles sans offrir de réelle solution de relogement pérenne et digne.

Ont contribué à ce texte Éliette Abecassis, Sabine Huynh, Geneviève Garrigos, Valérie Rodrigue, Muriel Roque, Sylvie Gracia, Julie Sauret et Guillaume Holsteyn.

De nombreuses personnalités répondent à cet appel pour un hébergement digne de toutes les personnes sans-abri et leurs enfants :

Éliette Abécassis, Sophie Adriansen, Judith Aquien, Pierre Arditi, Serge Avédikian, Agnès B, Paul Béhergé, Agnès Bihl, Bertrand Belin, Emanuel Bovet, Houda Benyamina, Bévinda, Didier Bezace, Aglaé Bory, Jane Bouvier, Emmanuel Bovet, Françoiz Breut, Tieri Briet, Cali, Magyd Cherfi, Aya Cissoko, Anina Ciuciu, Garance Clavel, Jean-François Corty, Laurence Côte, olivier Culmann, Céline Curiol, Jacques Debot, Anouchka Desseilles, Malik Djoudi, Caroline Ducey, Dana Diminescu, Wallace Etyoumi, Marie-Laure Fages, Jean Fauque, Sophie et Hélène Fillières, Meline Freda, Fanny Gaillanne, Jacques Gaillot, Geneviève Garrigos, Laurent Gaudé, Sara Giraudeau,Jérôme Giusti, Raphaël Glucksmann, Dominique Goblet, Louis de Gouyon Matignon, Sylvie Gracia, Pierre Grosz, Thomas Guénolé, Samir Guesmi, Raymond Gurême, Lamine Hasni, Cédric Herrou, Stéphanie Hochet, Guillaume Holsteyn, Sabine Huynh, Imbert Imbert, Yannick Jadot, Leïla Kaddour Boudadi, Françoise Keller, Tina Kieffer, Christian Kirk-Jensen, Thierry Kuhn, Emmelene Landon, Guillaume Lardanchet, Célhia de Lavarène, Yvan Le Bolloc’h, John-Paul Lepers, Florence Levillain, Jean-Pierre Liégois, Lizzy Ling, Florence Loiret Caille, Christophe Louis, Antoine Ly, Maria Malagardis, Bruno Maman, Yann Manzi, Juliette Méadel, Hind Meddeb, Gilbert Melki, Guillaume Meurice, Albin Millot, Camille Moravia, Yolande Moreau, François Morel, Yan Morvan, Mourad Musset, Agathe Nadimi, Nimrod, Emmanuel Noblet, Amélie Nothomb, Christian Olivier, Paella, Marie Payen, Patrick Pelloux, Carine Petit, Valérie Peugeot, Kai Pfeiffer, Emmanuel Pierrot, Éric Pliez, Natacha Régnier, Jean-Michel Ribes, Robi, Robin Renucci, Valérie Rodrigue, Fred Rollat, Sandrine Roudeix, Sanseverino, Marjane Satrapi, Julie Sauret, Colombe Schneck, Mathilde Serrell, Dominique Sopo, Bruno Solo, Serge Teyssot-Gay, Hugo Touzet, Laurent Van der Stockt, Martine Voyeux, Alison Wheeler, Jonathan Zaccaï, Carole Zalberg...
RAYMOND GURÊME
"Ce qu'on a fait avec cette photo, c' est très bien ! Que le gouvernement respecte ses lois, et que les politiques se réveillent un peu !
La République c'est pour tout le monde !" Raymond Gurême à Paris le 03 décembre 2014 à 9h28 Rescapé des camps, il est à 89 ans l'un des rares survivants d'une page occultée de l'histoire de France: celle de l’internement de 1940 à1946 sur le sol français de familles « nomades ».
ROBI, chanteuse
"Se lever un matin trop tôt et singer parterre un instant de sommeil, dans les rues vides de Paris que d'autres vivent à demeure. 
J'ai honte d'imiter la misère. Je suis gênée de l'effleurer pour l'image et de retourner tout de suite au confort, à l'oubli quotidien de la chance. 
Mais j'aurais eu plus honte encore de ne pas le faire. De ne pas prendre à moi ma honte. De préférer ne rien faire plutôt que de mal faire. 
Si d'avoir honte ou plus honte encore j'ai choisi la première option, j'ai bien conscience que ce choix lui aussi un luxe." Chloé Robineau le 11/07/2014 à 7h33
SAMIR GUESMI, acteur
SANDRINE ROUDEIX, photographe
"On pense d’abord aux regards des autres, et puis, tout de suite après, on pense à ce qui se joue. Roulée en boule dans un abri de verre et de poussière comme si je n’avais nulle part où aller. Les genoux collés écrasés contre ma poitrine. Les bras repliés en croix sous le menton, serrant à pleines mains trois couches de couvertures. A travers les deux cartons aplatis que Marc a posés au sol, doublés d'un vieux plaid grisouille, mon dos s’enfonce sur le socle en métal qui me gèle la colonne vertébrale. Au début, j’ai eu chaud. C'est l'hiver et je suis en pull et caban sous les épaisseurs froissées de laine. Et puis, j’ai eu tiède. Et enfin, froid. Ne pas ouvrir les yeux. Respirer lentement. Mes baskets cognent la porte refermée de la cabine. Pourtant, je suis petite. Comment font les grands gaillards ? Comment font les familles qui s’entassent à deux trois sans compter les sacs de couchage et les baluchons d’infortune ? Je cale mon front contre la paroi, le besoin de sentir du dur contre ma tête, un rempart ou un pilier, un mur de réalité pour ne pas sombrer. Mes sourcils se relâchent et je somnole. Quelques minutes immobiles à écouter mon souffle. Serrer mes paupières. Résister à l’envie de redevenir moi. Rester entre parenthèses. Comme eux, en attente de rien. Je sens l’air qui entre et sors de mes poumons, la preuve que je suis vivante, pourtant. Est-ce qu’ils y pensent, ceux qui se réfugient ici, défendant la place comme leur unique territoire ? Je renifle l’aigreur d'urines successives, la fumée des gaz d'échappement pris au piège dans la cabine, le parfum renfermé de la saleté. J'entends la plainte agacée d’un klaxon, le grincement d’un amortisseur, une femme qui roucoule dans son téléphone. Tous ont une vie, des trucs à faire, des gens à voir. Tous tournent autour de moi, soudain invisible. J'ai froid et je remonte les couvertures. Dehors, ça freine, ça accélère, ça claudique, ça vitupère. Dedans, c’est le silence. Au-dessus de moi, le combiné bleu attend un appel, une main tendue qui ne vient pas. Et puis la voix de Marc, enfin. C’est fini. Je me relève. D’autres n’ont pas cette chance." Sandrine Roudeix le 4/12/2015 à 9h34
SERCE TEYSSOT-GAY
"Mais la vérité, c'est l'homme humilié. L'homme qui ne compte pas. Fini le temps des phrases. La vérité, c' est la faim, la servitude, la merde. Comme aux pires époques. On en est pas sorti, elle est jolie leur Europe !" 
Leur Europe, 1949. Texte de Georges Hyvernaud. Serge Teyssot-Gay le 20/05/2016 à 8h14
SOPHIE ADRIANSEN, écrivaine
"Ça ressemble à un jeu. Me faire toute petite. Loger mon mètre soixante-dix-sept dans une cabine téléphonique au début du pont, rue Lafayette. Faire semblant de dormir sur le pont pour ceux qui habitent dessous. C’est minuscule, une cabine téléphonique. Et encore, celle-ci n’a pas de porte. Le verre arrête le vent mais pas le bruit. Comment dormir pour de bon au ras du sol, au-dessus des trains, entre les pas et les voitures ? Comment dormir quand n’importe qui peut crier, secouer, frapper ? Je ne m’étais jamais demandé. Ça ressemble à un jeu parce qu’ensuite je vais me relever, aller boire un deuxième café chaud dans mon appartement à double-vitrage, faire une lessive de mes vêtements. Tout cela je peux, même si je pose là. « Pas de logement = pas de vie » dit le mur juste derrière moi. J’en ai déjà pris la mesure. Personne n’est à l’abri de ne plus en avoir. On a marché un moment. Les cabines sont de plus en plus rares. On détruit même les solutions de dernier recours. L’objectif du photographe me protège. Il signifie la mise en scène. Rassure le passant. Les couvertures sur lesquelles je m’allonge sont propres. Mais la mise en scène me fait presque honte. A cause du café chaud, du double-vitrage et de ma machine à laver. Pour tant d’adultes et tant d’enfants, ça n’est pas un jeu. Ils sont des centaines de milliers à ne pas avoir de domicile personnel, des millions à ne pas avoir de logements décents. Le respect est absent des expulsions. En France. C’est ici que ça se passe. On ne veut plus le voir. En 2015, l’Assemblée nationale a reconnu que les animaux sont des êtres « doués de sensibilité » mais tant d’hommes vivent moins bien que des chiens. Invisibles aux yeux du monde. Exilés au cœur même de la société. Il en restera une image. Derrière la vitre sale, le teint vire au cireux. Le teint de ceux qui n’existent plus. Le teint des morts, juste avant l’affaissement définitif des paupières. Il est plus que jamais utile de faire porte-voix à la question que pose Marc Melki : Et si c’était vous ?" Sophie Adriansen le 03/03/2015 à 8h54
SYLVIE GRACIA, écrivaine
"Ce matin, Marc Melki a débarqué chez moi avec son carton et ses couvertures, j’avais repéré hier la cabine téléphonique, près de la station Buttes-Chaumont. Il a étendu les cartons, je me suis allongée, et j’ai fermé les yeux. Ces yeux fermés, c’est ce qui m’a le plus marqué la première fois que j’ai vu ses photos de familles roms, vivant dans la rue, place de la Bastille. Marc Melki photographiait leurs yeux d’endormis, et c’était à nos yeux fermés qu’il s’adressait, nos yeux accoutumés à la misère parisienne, ces corps couchés par terre, tissus et chairs emmêlés, poussettes-valises, jambes joufflues de bébés jaillissant des couvertures, hommes, femmes, vieillards, enfants. Et dans le fond du décor, la ville qui s’éveille est floue, absente, pendant que des pigeons picorent le goudron, à leurs pieds. Des centaines de photos, prises en maraude, des matins tôt. Et si c’était toi ? Cela ne sera jamais nous, toi et moi. Pas ici, pas maintenant. La question, c’est plutôt celle-là : Et toi, est-ce que tu vois ?" Sylvie Gracia 14/09/2014 à 7h40
TiERI BRIET, écrivain
Avant Oslo, Vasile et Simona ont dormi dans la rue à Paris, à Marseille et Montpellier. Ils ont habité une toute petite caravane déglinguée du côté d’Arles, une cabane de planches et de parpaings dans leur village de Roumanie. Ils ont eu faim souvent, je le sais, et quand Simona mendie, elle ne reçoit pas que des pièces. Il y aussi des insultes, des menaces et des crachats, quand ce ne sont pas des coups de pied ou des PV de la police municipale. Chaque jour je pense à eux, je sais qu’ils mendient pour survivre et je n’accepte plus le sort qui leur est fait en Europe. Je ne suis pas non plus assez riche pour les sortir du merdier que nos lois et nos élus réservent au peuple des Rroms. Souvent j’enrage. Parfois aussi je pleure, comme ce jeudi où le père de Vasile a été blessé par balles pendant qu’il cherchait dans une poubelle de quoi manger le soir. Comment demander justice pour Vasile et les siens ? Je ne sais pas, mais ce n’est pas faute d’avoir tout essayé. Par impuissance, par solidarité je dors comme eux dans la rue pour une photo de Marc Melki. Pour la campagne d’Exils Intra Muros. Parce que je n’accepte plus que mes amis rroms soient montrés du doigt, quand un premier ministre ou un préfet déverse sa haine et sa bêtise sur un peuple de parias déjà à bout de forces. Je n’en peux plus de me battre contre l’indifférence, les ricanements et les idées reçues. Vasile et Simona sont mes amis les plus chers et leurs enfants sont deux petites merveilles. Je ne peux pas habiter ce continent où des merveilles sont condamnées à dormir dans la rue tout le temps que durera leur enfance. Tieri Briet le 29/04/2015 à 8h36
Valérie PEUGEOT
" Il y a 25 ans avec quelques amis nous avions créé le magazine La Rue, parce que nous ne comprenions pas qu’à la fin du 20ème siècle, dans un pays riche, on doive encore se contenter du bitume pour lit et du ciel pour abri. 25 ans plus tard, les rues sont toujours aussi habitées la nuit, si ce n’est plus. A ceux que la vie n’a pas épargnés viennent se mêler ceux que la misère ou les guerres ont chassés sur les routes. Mon sentiment d’impuissance n’a fait que grandir. Cette photo n’y changera rien, mais elle vient dire modestement que mon indignation est entière. Une indignation que je voudrais partager avec ceux dont le regard s’arrêtera même fugacement sur les photos de Mark Melki. Comme un anti-poison à l’indifférence et au repli sur l’entre-soi." Valérie Peugeot le 17/05/2016 à 8h39
VALÉRIE RODRIGUE, écrivaine
"Dormir dehors, c'est avoir froid, avoir mal, avoir honte, quand la honte devrait être de l'autre coté, chez ceux qui passent, regardent, jugent et ne font rien." Valérie Rodrigue à Montrouge à Paris le 10/03/2016 à 9h49.
Yan Morvan, photographe
Le nouveau “ mobilier urbain” qui est apparu dans les rues de nos grandes villes, comprenez les personnes “ sans abri”, a une utilité fondamentale dans le nouveau paradigme de société qui est en train de se dessiner - la société immatérielle réorganisée par des automates et le travail à la carte. Cette fonction, la précarité et son avant-garde ; Les déracinés errant sans but dans nos rues distillant la peur est la mise en garde aux prolétaires et aux exclus de la rente ( financière, médiatique, “artistique” ou politique) de prendre garde à toute expression de révolte et de remise en cause du sacro-saint credo de la consommation ( plus soft que le gibet du moyen-âge). Leur exposition est donc vitale aux yeux de ceux qui nous gouvernent pour nous rappeler combien notre existence dépend d’eux et on peut penser dire ou du moins désespérer de dire : “Et maintenant c’est moi “. Yan Morvan à Paris, le 30/01/2017 à 10h17
WALLACE ETYOUMI, chanteurs
8 h du mat Youmi et moi on a rencard avec Marc Melki, il fait un travail photographique merveilleux sur les Rrom's qui vivent dans des cabines téléphoniques ou des abris bus de la capitale . Il nous a demandé de nous mettre dans la peau d'un Rrom's de cabine ou d'abris bus . Marc , il est comme nous , outré non subventionné et livre son combat tout seul avec ses moyens du bord , il nous touche , n'a rien à vendre et loue son énergie à titre gratuit dans l'urgence ... Il faut les aider , à survivre , aller à l'école , s'y maintenir . Aujourd'hui plus qu'hier parce que voici poindre l'hiver ... Wallace Etyoumi à Paris le 24 octobre 2014, 8h.
CALI, chanteur
« C’est une mise en scène. Je suis allongé sur des cartons, enveloppé dans des couvertures de fortune, dans cet espace auto-lib dont le propriétaire a pris soin d’enlever les parois de verre, qui auraient pu me protéger du vent glacial. Il fait très froid à Paris ce matin, comme depuis le début de l’hiver et, j’imagine, jusqu’au printemps. Sous la direction de Marc le photographe, je ferme les yeux, comme endormi. Et si c’était moi? Il shoote mon corps étendu comme un sac de désespoir à même le sol. Quand on est couché par terre, la musique des pas qui passent et résonnent sur le trottoir juste au-dessus de la tête est étrange. Fascinante. Inquiétante. Des pas d’enfants? De vieux? De mamans? D’amoureux? … Elle ne s’arrête jamais. Personne ne s’arrête jamais.» Cali à Paris le 25/01/2017 à 12h35
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