EXILS INTRA MUROS - Marc Melki
          
EXILS INTRA MUROS
Exils Intra-Muros

Urgence de la fraternité : lettre ouverte à nos élus, à notre gouvernement, à notre président de la République.

En France en 2018, des personnes seules, des mineurs isolés, des familles vivent et dorment dans la rue ou dans des bidonvilles. C’est une faillite morale, sociétale, sanitaire et économique. Des associations, des bénévoles, des citoyens indignés font ce qu’ils peuvent pour leur venir en aide. Le 115 est débordé, les centres d’hébergement sont saturés, les évacuations à répétition ne font que jeter à nouveau à la rue des personnes sans-abri ou les renvoyer dans d’autres bidonvilles, les enfants sont déscolarisés. Ces solutions précaires coûtent extrêmement cher à l’État, mais ne règlent rien sur le fond.

Il est temps que l’extrême pauvreté soit la priorité des politiques en France comme en Europe.
Empathie, Fraternité, Humanité.

Faire dormir les uns afin de réveiller les autres.

Pour sensibiliser l’opinion et les pouvoirs publics, des personnalités ont accepté d’expérimenter ce sentiment d’invisibilité qui touche tous les sans-abri : migrants intra- ou extra-communautaires qui ont fui la guerre, les discriminations ou la misère, comme ceux qui ici trébuchent et se retrouvent à la rue. Elles prennent la pose et la parole.
Nous le répétons haut et fort : laisser des personnes vivre dans la rue ou dans des bidonvilles non seulement les prive de leurs droits fondamentaux, mais renforce la stigmatisation à leur égard, les expose aux manifestations de rejet et favorise la montée des populismes.
Il est inadmissible que dans notre pays des enfants dorment sur les trottoirs.

Nous demandons :
– un hébergement digne pour TOUS les sans-abri et leurs enfants, quelle que soit leur nationalité ; – un hébergement immédiat et une scolarisation pour les mineurs isolés étrangers ;
– un numéro d’appel d’urgence (115) qui ait les moyens de faire face à l’afflux des demandes ;
– que nos élus luttent contre toutes les discriminations et les dénoncent haut et fort ;
– que le gouvernement arrête les politiques d’expulsion des habitants des bidonvilles sans offrir de réelle solution de relogement pérenne et digne.

Texte rédigé par Marc Melki avec Éliette Abecassis, Sabine Huynh, Geneviève Garrigos, Valérie Rodrigue, Muriel Roque, Sylvie Gracia, Julie Sauret et Guillaume Holsteyn.

Initiée par le photographe Marc Melki, l’action photographique, collective et solidaire “Et si c’était vous ?” mobilise de nombreuses personnalités qui répondent à cet appel pour un hébergement digne de toutes les personnes sans-abri :

Éliette Abécassis, Sophie Adriansen, Judith Aquien, Pierre Arditi, Serge Avédikian, Agnès B, Bertrand Belin, Houda Benyamina, Bévinda, Didier Bezace, Aglaé Bory, Emmanuel Bovet, Françoiz Breut, Tieri Briet, Cali, Magyd Cherfi, Aya Cissoko, Anina Ciuciu, Garance Clavel, Jean-François Corty, Laurence Côte, Olivier Culmann, Céline Curiol, Jacques Debot, Malik Djoudi, Caroline Ducey, Dana Diminescu, Marie-Laure Fages, Jean Fauque, Sophie et Hélène Fillières, Meline Freda, Fanny Gaillanne, Jacques Gaillot, Geneviève Garrigos, Laurent Gaudé, Sara Giraudeau, Jérôme Giusti, Raphaël Glucksmann, Dominique Goblet, Louis de Gouyon Matignon, Sylvie Gracia, Pierre Grosz, Thomas Guénolé, Samir Guesmi, Raymond Gurême, Lamine Hasni, Stéphanie Hochet, Guillaume Holsteyn, Sabine Huynh, Imbert Imbert, Yannick Jadot, Leïla Kaddour Boudadi, Françoise Keller, Tina Kieffer, Christian Kirk-Jensen, Thierry Kuhn, Emmelene Landon, Guillaume Lardanchet, Célhia de Lavarène, Yvan Le Bolloc’h, John-Paul Lepers, Florence Levillain, Lizzy Ling, Jean-Pierre Liégeois, Christophe Louis, Antoine Ly, Maria Malagardis, Yann Manzi, Juliette Méadel, Gilbert Melki, Guillaume Meurice, Albin Millot, Camille Moravia, Yolande Moreau, François Morel, Yan Morvan, Mourad Musset, Nimrod, Emmanuel Noblet, Amélie Nothomb, Christian Olivier, Marie Payen, Patrick Pelloux, Carine Petit, Valérie Peugeot, Kai Pfeiffer, Emmanuel Pierrot, Éric Pliez, Natacha Régnier, Robin Renucci, Jean-Michel Ribes, Robi, Valérie Rodrigue, Fred Rollat, Sandrine Roudeix, Sanseverino, Marjane Satrapi, Julie Sauret, Mathilde Serrell, Dominique Sopo, Serge Teyssot-Gay, Hugo Touzet, Laurent Van der Stockt, Martine Voyeux, Wallace Etyoumi, Jonathan Zaccaï, Carole Zalberg...
BRUNO SOLO acteur
SANS ÇA ! Sans abri, Sans toit, Sans chaleur, Sans repos, Sans quiétude, Sans bienveillance Sans tendresse, Sans amour, Sans humanité, Qui veux vivre sans ça ? Qui peux survivre sans ça ? Pas moi... et moi c’est vous, c’est nous ! A Paris le 24 octobre 2017 à 10h22, rue Balard.
CELINE CURIOL écrivaine
Le sol, d’habitude, est toujours en bas mais voilà qu’il est ce matin à hauteur de mon visage et de mes yeux. Je suis couchée sur des cartons aplatis, la tête posée sur de vieux chiffons, sous une couverture râpeuse et grise. Quand Marc Melki m’a désigné l’emplacement, ce “lit” d’appoint qu’il avait installé dans une station Autolib’, arche de verre ouverte à tous les vents, j’ai eu une hésitation : se coucher à ras du sol, se mettre ainsi à terre, de tout mon long, à portée de trottoir et de caniveau, s’éprouvait déjà instinctivement comme un changement de niveau, une réduction de ma stature d’être humain, droit et debout, à celle d’une créature subalterne. C’était déjà s’effondrer un peu. Par terre tombait le sale, furetaient les rats, les cafards et les pigeons, ces animaux nuisibles. Je ne devais pourtant m’allonger que le temps d’une prise de vue. Mais tandis que je cherchais une position pas trop inconfortable, cernée par des odeurs douteuses, j’ai cru éprouver ce que franchir sa propre dignité pouvait être. J’ai fermé les yeux. Combien me suis-je sentie vulnérable ! Je n’étais plus dans la ville parmi d’autres semblables, mais au-dessous d’eux, livrée à leurs regards envahissants, surplombée par des bruits trop intenses, le rugissement des moteurs et le claquement des pas devenant à chaque instant menaces. J’étais en alerte, j’étais “sans abri”. Comment parvenir à dormir ? Comment s’absenter dans le sommeil quand on n’a plus que son corps pour protection ? A Paris 20e, rue des Pyrénées, le 12 avril 2017, à 8 h 46
MAGYD CHERFI
Dormir Dormir comme on nous fait la courte échelle . Dormir comme déposé sur la lune . Comme on nous lance vers un ailleurs où l'amour est loi . Comme on nous jette par dessus l'arbre qui cache la misère d'en bas , dormir un peu pour y croire . Magyd Cherfi le 27/10/2016 à 8h54
EMANUEL BOVET photographe
« Dormir à la laide étoile … Suite à cette expérience je n’aurai sans doute plus le même sentiment. J’ai pu baroudé, connaître l’infortune, mais de me retrouver dans la peau d’un sans abri au ras du bitume, dans ce petit recoin de la ville, ne me mettra jamais à la place de celui qui en est contraint. Je remercie Marc de m’avoir permis un instant l’immersion dans cette situation extraordinaire : le choc de l’ordinaire intolérable. » Rue des Pyrénées, à Paris le 12 octobre 2017 à 9h40
SANSEVERINO, chanteur

" Déjà de s'allonger dans une cabine téléphonique pour une photo ç'a fout des frissons… alors d' y coucher tout les soirs avec ses enfants j'imagine à peine la douleur et la honte que ca doit filer a une maman, un papa venu d'Europe de l'est ou de je ne sais de quel pays où on traite les roms comme des chiens ... Et ben ici c'est pareil.
Mais l argent dun pays comme la France ça doit servir à autre chose qu' à aider c'est ca ?
Non mais dites moi.... J' attends la réponse » Sanseverino le 16/06/2014 à 7h20
PIERRE ARDITI acteur
« La peur de perdre ce que l'on a nous empêche d'atteindre ce que l'on est. » Saint-Augustin Pierre Arditi, rue Gay-Lussac à Paris le 15_05_2017 à 7h25
Guillaume Holsteyn
Vous n’aurez pas mon indifférence ! Parce que vous pourriez être mon frère ? Vous l’êtes. Parce que je pourrais être à votre place ? Je l’ai été. Non, vous n’aurez pas mon indifférence. Misérables merveilles, que serait une société qui ne crée pas les conditions pour que chacun devienne libre, que tous se considèrent égaux et qu’ensemble nous fassions de la fraternité une réalité concrète ? Vous n’aurez pas mon indifférence car je n’accepte pas une société qui refuse d’accueillir ceux qui viennent frapper à notre porte et dont nous avons besoin. Vous n’aurez pas mon indifférence car je ne saurais accepter une république qui permet d’uriner dans de l’eau potable mais interdit de donner à boire aux réfugiés à Calais. Vous n’aurez pas mon indifférence car nous avons besoin de vous debout, pour construire une société d’hommes et de femmes debout ! Guillaume Holsteyn à Paris 12e, rue du Faubourg-Saint-Antoine, le 19 juin 2017, à 8 h 15
LAURENCE CÔTE actrice
« Il y a dans Paris, dans ces faubourgs de Paris que le vent de l’émeute soulevait naguère si aisément, il y a des rues, des maisons, des cloaques, où des familles, des familles entières, vivent pêle-mêle, hommes, femmes, jeunes filles, enfants, n’ayant pour lits, n’ayant pour couvertures, j’ai presque dit pour vêtement, que des monceaux infects de chiffons en fermentation, ramassés dans la fange du coin des bornes, espèce de fumier des villes, où des créatures s’enfouissent toutes vivantes pour échapper au froid de l’hiver. Voilà un fait. En voulez-vous d’autres ? ... Voilà pourquoi je suis pénétré, voilà pourquoi je voudrais pénétrer tous ceux qui m’écoutent de la haute importance de la proposition qui vous est soumise. Ce n’est qu’un premier pas, mais il est décisif. Je voudrais que cette assemblée, majorité et minorité, n’importe, je ne connais pas, moi de majorité et de minorité en de telles questions ; je voudrais que cette assemblée n’eût qu’une seule âme pour marcher à ce grand but, à ce but magnifique, à ce but sublime, l’abolition de la misère ! » Victor Hugo - « Discours sur la misère» à l’Assemblée Nationale le 9 juillet 1849 Laurence Côte à Paris le 18 avril 2017
HELENE FILLIERES, actrice
"Sans domicile fixe, sans abri, sans papiers... Qu est ce que ça veut dire d autre que : sans identité. Sans rien donc. Invisible. Sous mes yeux l autre devient fantôme ? Stop. L autre c est moi. Stop à l indifférence.
Stop au laxisme des pouvoirs publics.
Stop au sadisme de grillager les abris, les ponts, les espaces vides.
Stop à l égoïsme des nantis qui refusent un centre d hébergement dans leur arrondissement.
Stop au mairies qui préfèrent payer une taxe plutôt qu’appliquer la loi sur leur quotas de logement sociaux. 
J ai honte.
C est aux pouvoirs publics de m ôter cette honte.
Exigeons de l action. Exigeons du civisme. 
Soutenons Exils Intra Muros sans hésitation." Hélène Fillières, à Paris le 07/07/2016 à 7h56
MARJANE SATRAPI
BERTRAND BELIN, chanteur
DIDIER BEZACE
Il faut en tâter, ne serait-ce que quelques minutes, du plancher de la cabine pour laisser son imagination voler vers ces gosses qui, chaque soir – ou plutôt chaque nuit, de peur qu’on les chasse –, se serrent les uns contre les autres pour essayer de dormir dans le fragile abri de verre où l’air froid s’in ltre entre la porte et les parois. Ils servent encore à ça, ces bocaux vitrés rendus inutiles par l’invasion des téléphones portables ; c’est une chance et un malheur puisqu’ils rendent possible l’insupportable. Vous pouvez tenter l’expérience, c’est facile, vous prenez quelques cartons, une couverture et vous partez vers la cabine la plus proche, vous vous y enfermez et tant bien que mal vous pliez votre corps comme le font ces mères qui accompagnent leurs enfants ; vous vous rendez invisible, si bien que les passants du petit matin ne vous verront même pas ou s’ils vous voient ne voudront pas s’étonner d’une tête enfantine émergeant d’un tas de cartons et de chiffons entremêlés. Le jour efface ensuite les petits clandestins des abris téléphoniques, le jour est un menteur : il ne montre pas ce que cache la nuit... Acteur, réalisateur, directeur de théâtre, à Paris 11e, boulevard Voltaire, le 3 octobre 2014, à 8 h 21
ElIETTE ABECASSIS, écrivaine
Le matin, dès l'aube, il se lève, prend son appareil photo et il sort de chez lui. Il sait que ce ne sera pas facile; il a le coeur meurtri. Ils sont là, en bas de chez lui. Théo, Narcisse, Alin, Mariana, et les autres. Ils ont 1an, 3, 4, ou 10 ans. Ils dorment sur le trottoir, avec leur mère, parfois seuls, ils se serrent sous leur couverture rouge, ils se terrent dans leur sommeil. Les Gavroche d'aujourd'hui, sur la place de la Bastille, ne font pas la Révolution. Ils ont faim, ils ont froid, ils ont peur. On les chasse, on passe devant eux comme s'ils n'existaient pas. Ils sont là, et tout le monde trouve cela parfaitement normal. Marc Melki photographie les familles en train de dormir dans la rue. Pour ne pas les gêner, il les immortalise dans leur seul moment paisible; une cabine téléphonique, sur des cartons, ou contre un coin de mur. Ceux qu'on a délogés, ceux qui n'ont plus le droit d'être ici, ceux qui n'ont plus le droit d'être: il leur redonne un visage, une identité, une dignité. L'art, c'est la vérité. La seule vérité, sans doute. Même quand elle est indicible. Sous son regard, remplis d'humanité, sous son regard, ils sont beaux, éternellement beaux." Eliette Abécassis le 30/05/2014 à 8h01
FRANÇOIS MOREL
Acteur, scénariste et chanteur "Il était un petit homme Pirouette cacahuète, Il était un petit homme qui avait une drôle de maison, qui avait une drôle de maison… Sa maison est un carton Pirouette cacahuète, sa maison est un carton, au dessus d'une bouche d'aération, au dessus d'une bouche d'aération … "
CELHIA DE LAVARENE journaliste
Je me suis allongée sur le lit de fortune que m’avait confectionné Marc Melki, le photographe. J’ai fermé les yeux et j’ai tenté de me mettre dans la peau de ces êtres qui n’ont plus rien. Très vite, des images ont afflué : images de personnes rencontrées lors des missions que j’effectuais pour l’ONU dans des pays en conflit. Images de populations forcées de quitter leurs maisons, leurs pays, chassées par des guerres qui les dépassent. Images que je pensais oubliées mais qui étaient toujours présentes. J’ai eu du mal à garder les yeux fermés tant l’angoisse me submergeait. Et j’ai eu envie de pleurer à l’idée de tous ceux, Français ou étrangers, que nous traitons si mal et que nous laissons vivre dans l’indignité, alors que nous sommes le pays des droits humains. A Paris 1er, 3, rue des Halles, le 2 août 2017, à 10 h 23
NATACHA RÉGNIER, actrice
"Depuis longtemps, je me pose la question, à chaque nouveau sans domicile fixe que je croise.
Qu’est-ce qui a fait pour qu'il ou elle se retrouve là ?
Quel est le début du basculement?
Une rupture, une dépression, un emprunt qu'on ne peut plus rembourser, un métier qui s'exerce jeune et une difficulté à se reconvertir, un décès, ...?
Ça me tord les boyaux !
Je me suis toujours dit que ce genre de bascule peut arriver bien plus vite qu'on ne peut l'imaginer et ça me fait une grande peine.
Ce qui se passe dans le monde avec la paupérisation des classes moyennes, l'enrichissement des grands patrons, la politique des banques, l'isolement de certaines familles monoparentales, les guerres et les flux migratoires, cela empire de manière exponentielle.
On voit de plus en plus, dans la rue, des femmes seule avec des bébés ou des familles avec enfants.
On ne peut plus rester sans rien faire. » Natacha Régnier le 06/06/2016 à 10h20
GARANCE CLAVEL, comédienne
" Et si c’était vous ? Mais c'est presque déjà nous ! Encore que je ne peux me plaindre je suis rentrée chez moi après la photo. 8h du matin le sol, ce fameux sol qui n'est pas le même partout est froid et me glace les genoux. Je n'ose penser encore à ce qui m'éveille tous les matins: Stalingrad… Et pas que. Le plus troublant est le bruit indifférent de la ville. Il est 8h, allongée les yeux fermés j'entend des voix, vont-elles s'arrêter ? Non évidemment, c'est tellement banal quelqu'un perdu dans la rue. Et pourtant ô miracle inattendu, un homme s'approche et dit à Marc, le photographe : « nan mais vous aimeriez vous que l'on vous photographie dans cette situation? » Ouf ! Quand même un peu de dignité… Et en rentrant : terreur sur le pont d’ Austerlitz un enfant seul les bras en croix dort profondément sur le pont … Je suis terrifiée mais surtout je ne comprend pas , la vie c'était sérieux …? " Garance Clavel le 25/04/2016 à 8:22
GENEVIEVE GARRIGOS
"Être dépossédée de ce que je n'ai pas. Le froid pénètre les interstices, il mord. Puis les bruits. Celui des voitures qui glissent sur la chaussée, les pavés. Les motos plus légères, les bus qui soupirent. On les sent si proches.On se recroqueville encore davantage. La cabine téléphonique est de plus en plus grande. Enfin, les bruits de ceux qui passent, qui regardent mais ne s'arrêtent pas. On les imagine et ils deviennent réels. Un voisin ? J’ouvre les yeux et je découvre une vieille dame qui, inquiète de me voir couchée, de voir un homme me photographier à mon insu, l'interpelle et veut ouvrir la cabine. Cette femme soulagée de me voir me lever et lui sourire, cette femme qui porte en elle l'humanité de la rue, cette femme est une grand-mère rom. » Geneviève Garrigos, présidente d'Amnesty International France de 2008 à 2016, aujourd’hui porte-parole.

GilBERT MELKI, acteur
Carine PETIT Maire du 14e
« Je ne suis pas à l'abri d'être, un jour, sans-abris. Combattre l'indifférence par les actes. » Carine Petit Maire du 14e arrondissement de Paris le 29/11/2016 à 8h52
IMBERT IMBERT Chanteur
"D'abord, cette odeur de pisse. J'avais pas pensé à ça. J'ai fermé les yeux, et petit à petit elle s'est atténuée. On s'habitue. Je me suis demandé si les enfants aussi finissent par s'en accommoder…Cette idée m'a tellement foutu les boules que j'ai rouvert les yeux et le battement de mes cils a suffi à la faire revenir. Ouf, j'étais sauvé, je regardais le monde en face et c'est pas beau à voir, mais je ne m'en accommodais plus et c'est le début de la dignité." Mathias IMBERT le 17/09/2014 à 7h59
JEROME GIUSTI, avocat
"La rue, lit d’injustice. Nid de luttes. Couché là, j’entends ces pas d’indifférence. Ces klaxons d’égoïsme. Ce que je vis maintenant affecte ma personne. Mais durcit notre combat collectif." Jérôme Giusti le 13/04/2016 à 8h21 avocat, président de Droits d’Urgence, le droit d’être quelqu’un.
JOHN-PAUL LEPERS, journaliste
JULIETTE MEADEL
« Cher Marc Melki, Je veux rendre hommage à votre travail et à votre engagement, essentiels. Votre œuvre est une interpellation ô combien nécessaire, pour faire voir et entendre qu’au coin de nos rues, dans les bouches de métro, dans les halls de gare, survivent des femmes, des hommes, des enfants, qui n’ont nulle part où dormir. Ils subissent le froid, la faim, la misère, la solitude, la violence et l’indifférence. Vos photos sont le miroir de cette réalité. Elles fixent nos regards sur la détresse et le dénuement. Cette réalité dont nous détournons les yeux, par gêne, par malaise, parce que nous ne savons pas toujours comment faire, comment agir, que dire face à cette situation injuste ? Cette injustice criante a désormais son représentant . Vous Marc MELKI. Je veux vous rendre hommage. Votre ténacité et votre volonté sont précieux. Au fond, ce qui importe dans votre œuvre, ce ne sont pas tant vos photographies en tant qu’objets, ou nos visages en tant qu’incarnation de la misère, que ce qu’elle crée, que ce qu’elle transmet. Un message de solidarité avec ces victimes de tous les jours, ces oubliés du quotidien. Un devoir de fraternité et une obligation d’agir, individuellement et collectivement. C’est le sens que j’ai toujours voulu donner à mon engagement public, et c’est pourquoi j’ai été touchée par votre projet. Lorsque les discours ne suffisent plus, l’art et la politique se doivent d’être le reflet de la société. Merci cher Marc Melki, d’avoir mis en lumière ceux que l’on ne veut plus voir, ceux dont on ne parle plus, ceux dont on ne s’émeut plus. Plus que jamais, gardons à l’esprit la pensée de Saint-Exupéry : « Être homme, c’est précisément être responsable, c’est connaître la honte en face d’une misère qui ne semblait pas dépendre de soi. » » Juliette MEADEL, secrétaire d'Etat aux victimes.
LEILA KADDOUR BOUDADI
Journaliste
YOLANDE MOREAU, actrice
Mourad MUSSET et Julie SORBET
Désastre contemporain Ça fait quoi de s'abriter dans une cabine? Y chercher un peu d'intimité et de chaleur ça fait quoi? Avoir le trottoir pour matelas, sentir le métro passer sous sa tête, essayer de dormir avec le bruit des voitures en berceuse, chercher une position confortable, ne pas la trouver, se retourner et voir les pieds des passants indifférents ou impuissants, ça fait quoi? Et qu'est-ce que tu dis à l'enfant qui dort avec toi? On va faire un grand jeu
Celui du pays ou l'on devait vivre mieux, parce qu'on en a les moyens, au lieu de faire la politique du thermomètre en hiver et de les loger au cas par cas, prévoir toute l'année un accueil pour les Roms et les délaissés, les enfants en priorité, réveillons-nous, il y a de la place pour tout le monde. Mourad Musset (LA RUE KÉTANOU) et Julie Sauret le 22/07/2014 à 8h38
RIDAN, chanteur
"Franchement, ça fait pas du bien ! ...Le regard des gens... Franchement certains politiques devraient vivre l'expérience pour s'en rendre compte, ça rendrait les choses plus dynamiques. Ca reste une expérience, mais du coup tu prends la dimension de ceux, des gens pour qui ce n' est pas une expérience, mais juste la réalité. Franchement je savais que j'allais me réveiller et que j'allais me barrer. Donc ça allait encore... Mais j'essayais de me dire, que si je devais rester juste là pour de vrai et pour je ne sais pas combien de temps...? Tu as une sensation d'enfermement cérébral en plein air. Franchement c'est un sale trip ! " RIDAN le 23/10/2014, à 8h40 place de la République à Paris.
SOPHIE FILLIÈRES, réalisatrice

"Allongée sur le sol, j'ai pensé à l'asphalte sous les bouts de cartons, j'ai pensé à la circulation des voitures tout près si bruyante, dévorante, j'ai pensé à la faim qui tout le temps les tenaille, et le froid l'hiver, ceux qui dorment vraiment dehors, ceux qui vraiment n'ont pas de lieu, ne sont pas accueillis, sont rejetés même, ou qui deviennent transparents. J'ai pensé qu'on m'éviterait pour ne pas me marcher dessus, rien de plus. J'ai pensé ils sont fragiles et on les fragilise davantage encore, encore." 
Sophie Fillières le 13/06/2016 à 8h16
CHRISTOPHE LOUIS
Directeur de l'association Les Enfants du Canal "3° degrés ce matin à Paris, allongé dans cette borne autolib, je ne peux m’empêcher de penser à ces hommes, Momo, Robert, Jean Pierre …., rencontrés régulièrement dans la rue. Ils vivaient dans des espaces similaires pour s’abriter la nuit. Ce matin je vis brièvement cette condition à l’initiative de Marc. Au début on se dit, protégé, être au chaud, puis minute après minute le froid m’entoure, les pieds, les bras, le corps, j’imagine ces gars qui endurent le froid au quotidien. Quelques minutes pour moi, des heures et des heures pour eux. On cherche la meilleurs position pour lutter contre le froid. Ces cabines téléphoniques, ces bornes autolib, ces halls d’immeubles …, le moindre espace abrité du vent, de la pluie offre un temps de répit à ces vies malmenées, nous passons devant dans l’indifférence, sans penser, sans voir que certains en ont fait leur résidence. Vivre à la rue on en meurt !" CHRISTOPHE LOUIS, directeur Les Enfants Du Canal à Paris le 07/03/2016, 9h03.
Thomas GUÉNOLÉ politologue
« A un extrême la totale opulence, à l’autre le total dénuement. C’est obscène. Obscène. »   Thomas Guénolé le 15/11/2016 à 8h32
YVAN LE BOLLOC'H, acteur
"Ma mère d’ autrefois, ma mère des guimbardes ma mère sans pays qui marchez dans mon sang pourquoi m’ avoir jeté hors des sorcelleries pour me laisser mourrir sur un vieux sol flamand comme un loup attaché au seuil des bergeries ? Texte d'Andréee Sodenkamp YVAN LE BOLLOC'H à Paris le 10 septembre 2014 à 9h30
AGLAE BORY, photographe
"Je me suis allongée par terre et j'ai fermé les yeux. Je me suis sentie traversée, à tous les vents. Dans une immense vulnérabilité. J'étais visible et invisible en même temps. Mais je me suis relevée et la photographie était faite. Eux, dorment dans la rue, pour combien de nuits encore ? Le photographe rend la vue à ceux qui ont été pris de cécité. Comment ne pas voir ces gens allongés au sol, assis par terre ? Il faut les regarder, leur parler, les faire exister au delà de leur précarité. Il faut les aider." Aglaé Bory à Paris le 2/06/2016, 7h33
ANTOINE LY, journaliste
"Dans mon métier de journaliste, je me mets à la hauteur des personnes que je rencontre. Face à face. Question de respect et d'égalité. Avec l'expérience "Exils Intra Muros", je me suis rendu compte que ces notions n'existent pas, pour ceux qui dorment à même le sol. Couché sur le bitume, on se sent très vite "inférieur". Plus question d'égalité. Dormir sous un toit, être protégé du froid...c'est une question de dignité." Antoine Ly à Paris le 03/09/2014 à 7h42
AYA CISSOKO, écrivaine
Pas de jouets, nous vivons de la récupération. Des objets perdus ou abandonnés par d’autres. Des bouts de ferrailles, des pneus… Tout est bon pour améliorer le jeu. Je trouve un minuscule coffre de poupée en plastique jaune. J’y stocke des insectes prélevés sur les arbres. Ma m’ordonne de ne plus jamais ramener ça dans la maison si je veux garder ma tête sur les épaules : « N b’i kan tige. Namogoden in. Ka na ni fennenamaw n ka so kono ? Nin den in te maloya mogo ma. Je vais te couper la tête. Enfant de salaud. Des bêtes chez moi ? Cette enfant ne respecte rien. » Extrait de N’ba aux Editions Calmann Lévy.
BÉVINDA, chanteuse
"Je me suis allongée dans l’une des rares cabines téléphoniques restantes de la capitale, j’ai pris le chemin de l’endormissement et ma pensée s’est mise au ralenti. Je respire calmement, j’entends des moteurs, des bruits, des pas, des mots, des sons ; je plonge plus loin au dedans, le temps ne me concerne plus. Le monde dehors s’agite et je suis là , offerte aux regards de la ville derrière la vitre de cette cabine. Je me réfugie bien au fond de mon être et cette intimité me permet de me sentir à l’abri, je sens que seul ce repli au dedans de moi me protège. Je repense à ce jeune couple avec un bébé, quelque part dans Paris, ils sont beaux, bien habillés, ils ont l’air amoureux, ils sortent leur matelas étroit dans un recoin de rue, déballent leurs maigres affaires et se préparent pour la nuit. Je pense à ces hommes, ces femmes , ces enfants à qui cette société « évoluée » ne laisse comme unique choix, que celui de se retirer dans leur foyer intérieur pour se reposer, et de vivre, - là où les autres, ceux du dehors, vont et viennent, partent de chez eux, vont à un rendez- vous, courent, jouent, rentrent à la maison, se dépêchent, déambulent noctambules, sans jamais de cesse, - dans la rue. Bientôt la nouvelle année, 2016.........." 
Bévinda Maria Ferreira Galvao à Paris le 19/12/2015 à 8h40
CAMILLE MORAVIA, photographe
Qu'est ce que tu fous debout à 7h du mat ? - Je me prépare à m'allonger dans une cabine téléphonique pour Marc Melki - Tu te lances dans le caritatif, plutôt côté Jr ou côté Yann Arthus Bertrand ?
- T'as le droit d'être cynique et même désobligeante, j'aurais surement fait pareil à ma place. C'est juste que y'a des gens dans la rue, qu'ils y vivent, dans le regard de certains ils encombrent autant que les pigeons, souvent on regarde ailleurs, le plus vite possible on oublie. Je vais pas te sortir la carte prisedeconsciencesolidarité, le type se bouge le cul, me lever à 7h c'est pas si compliqué d'ailleurs si ça te dit tu le contactes, il est sur facebook. Camille Moravia le 15/07/2014 à 7h45
CAROLE ZALBERG, écrivaine
"Ce matin, pour Marc, je me suis allongée dans ce qui restait d'une cabine téléphonique le temps d'un cliché. Je devais avoir l'air de dormir. Contre toute attente, garder les paupières closes a été difficile. Manquait l'épuisement. Manquait l'absolue nécessité de se soustraire. Le monde se rappelait à moi par ses bruits : de pas pressés, de voix, de moteurs, de machines. Au-delà de mes yeux fermés, le monde respirait encore. Et je me demandais si ceux qui dorment ainsi, le corps replié comme il peut, protégé par ce qu'ils trouvent, si ceux qui dorment là non pour alerter mais parce qu'ils n'ont eu d'autre choix que de se coucher où la fatigue les prenait, entendaient encore ce monde qui ne veut pas d'eux. » Carole Zalberg photographiée le 02/04/2015 à 8h09
CAROLINE DUCEY, comédienne
"Je rentre de notre rendez-vous avec Marc Melki. Je me suis allongée sur des cartons, avec quelques couvertures pour oreiller et une sur mon cœur ou corps je ne sais plus, dans un abri autolib’. Marc a pris quelques photos. Cet hiver j’ai eu peur puis honte au moins 3 fois, je suis restée bloquée à côté d’une forme allongée par terre, un être humain, face contre le sol enroulé dans un vague sac de couchage, je ne savais pas si cette personne était vivante ou morte. La seule manière d’en avoir le cœur net aurait été de toucher cette personne. Je n’ai pas osé car j’ai eu peur de chopper un microbe ou autre, mon bébé n’a qu’un an, avec l’hiver et la crèche elle est malade toutes les 2 semaines, moi-même je suis fébrile, je joue au théâtre le soir, bref la vie de quelqu’un qui a un toit, qui peut donc être en activité, et qui a peur d’être contaminé et que cela brise l’équilibre de cette journée que je dois mener à bien, je choisis donc de penser à moi et ma famille plutôt qu’à cet autre allongé là à même le sol et qui ne bouge pas. J’ai appelé le Samu social pour signaler la présence de cette personne à l’abandon et suis partie. La dame du Samu m’a dit que ce sont les gens dans le besoin qui doivent demander eux-mêmes de l’aide, qu’une maraude passerait sûrement. Quand ces gens n’ont plus la force de demander ? Quand vers 11h du matin sur le quai du métro, en sortant de la rame, une même forme est allongée et qu’une mère entraîne son enfant par la main pour l’empêcher de vouloir toucher cette forme parce que l’enfant ne comprend pas ce que cette personne fait ainsi étendue par terre face contre sol et qu’il veut lui porter secours instinctivement, que fait-on ? Avoir un toit est la condition indispensable pour tenir debout et se mettre à vivre. » Caroline Ducey le 10/05/2016 à 8:02
Christian OLIVIER
" J’ai rêvé que je rêvais … » Christian OLIVIER le 5/12/2016 à 9h13
DOMINIQUE GOBLET/KAI PFEIFFER
Sur le carton sur lequel ils se sont couchés était inscrit : "Pensez à me plier avant de me remettre à votre livreur !" Dominique Goblet & Kai Pfeiffer le 22/01/2016 à 9h45
DOMINIQUE SOPO
Président de S.O.S RACISME
EMELEENE LANDON, écrivaine.
ERIC PLIEZ, AURORE
"On ne peut pas accepter que des hommes, des femmes et de plus en plus d'enfants dorment dehors. N'aménageons pas la rue, aidons les gens à en sortir." Eric Pliez, directeur général de l'association AURORE et président du SAMU SOCIAL de Paris, à Paris le 28 novembre 2014 à 8h23
FRANÇOISE KELLER
« A chaque fois que vous êtes dans le doute, faites le test suivant : souvenez-vous de la personne la plus pauvre et la plus faible que vous ayez rencontrée dans votre vie et demandez-vous si ce que vous vous apprêtez à faire lui sera d’une quelconque utilité. » Mahatma Gandhi Et si c’était moi ? Je m’allonge et en même temps je sais que c’est pour de faux. Tout à l’heure j’irai prendre une douche tiède, je serai au chaud à prendre un café, j’aurai des amis à qui parler et le regard de Marc, attentif. Et pourtant je veux aller à la rencontre de ma plus grande peur : et si c’était moi ? Ce qui me frappe d’abord c’est le bruit… Les pas, les voitures et les valises. Tout résonne autour de moi et sous moi… Puis il y a le souffle du vent, le froid qui s’installe peu à peu… Combien de temps puis-je garder la main dehors ? A partir de quand devient-on insensible tellement le froid s’installe et fait mal ? Je regarde le ciel, les bureaux qui s’éclairent… Qu’est-ce qu’on peut bien se dire quand on se réveille ainsi ? Comment garde-t-on l’estime de soi et le courage quand on se retrouve ainsi, au niveau des chaussures et des crottes de chiens ? Des pigeons passent et me regardent… Sont-ils les seuls yeux qui regardent ceux qui dorment là ? Puis, nous avons pris un café puis je m’en suis retournée près des amis et de ma famille, dans des maisons et des lits bien moelleux, vers mes projets et mes occupations… J’ai marché dans la rue et j’ai vu que j’avais grandi en humanité. En rencontrant ma plus grande peur quelque chose en moi a changé. Il faut peut être avoir rencontré cette peur là pour vraiment regarder ceux qui dorment là dans la rue, pour ressentir cette morsure intérieure et accepter de reconnaître que ce qui se passe là me concerne vraiment. Françoise Keller, formatrice en Communication NonViolente et consultante, 16/03/2016 à 8h30
FRANÇOISE BREUT, Chanteuse
« Ce n'est pas la première fois que je dors dehors mais c'était pour d'autres raisons que celles de se mettre dans la peau de quelqu'un qui n'a pas de toit, qui est chassé d'un abri précaire, d'un bidonville, dessous un pont. Le fait de dormir sur un carton, sentir l'humidité du sol sous l'épaisseur du carton, sentir l'air s'immiscer sous la couverture, se dire qu'on est pas certain de passer l'hiver. C'est juste insupportable et terrible, de voir le rejet et l'indifférence. Il faut juste s' imaginer être à la place de cette femme épuisée et de ses deux très jeunes enfants recroquevillés dans la nuit sans aucune protection. On préfèrerait ne plus jamais voir ça. » Françoiz Breut le 04/06/2016 à 8h14
FRED ROLLAT, chanteur
"On sort les encombrants, les rouillés, les machines, les grinçants. Une fois par semaine on empile à la benne les usants, les fracassés d'la vie, les abîmés, les usés, les gênants. Les salis, les grippés, les fragiles, LES ENCOMBRANTS." Frédéric Rollat, (Les Karpatt) à Paris le 19/04/2016, 8h26
HOUDA BENYAMINA, réalisatrice
JACQUES GAILLOT
7/AUJOURD'HUI JACQUES GAILLOT
" L'humain d'abord
Je ne m'habitue jamais à voir des familles à la rue, avec de jeunes enfants. Les Roms ont moins besoin de soutien que de respect. Respect de leurs droits de citoyen. Ce sont des êtres humains comme nous. Leurs familles sont comme les nôtres.
Les Roms voudraient vivre comme tout le monde. Ils se démènent pour que leurs enfants puissent aller à l'école, parler français, avoir un avenir.
Comment bâtir une société à visage humain, si l'on n'a pas le respect des plus faibles et si les minorités ne jouissent pas de leurs droits ?"
 Jacques GAILLOT Evêque de Partenia le 10/02/2015 à 8h26
LIZZY LING ET JEAN FAUQUE
"Il a fallu aller d’abri en abri pour en trouver enfin un de libre pour cette photo… Des familles n’ont que ça pour dormir. Nos yeux ne voient pas, et pourtant c’est à Paris, en 2016. Combien d’années encore à supporter cela?" 
Jean Fauque et Lizzy Ling le 22/03/2016 8h27
JEAN-MICHEL RIBES
LAMINE HASNI, Chanteur
Un soir, Marc mon copain, m'explique ce "travail" dans lequel il est engagé depuis un certain temps. "Montrer" les gens et leurs enfants dans les rues. ( Les délaissés, les ceux "qu'on n'est pas de chez eux". Bref, ton voisin, ton cousin ou ton frère dans la rue ! Et j'ai compris. Que j'étais le cousin etc... Et moi dans la rue. Mets toi dans une cabine... Une autre cabine... Dans la rue. Et tu verras et comprendras que... Regarder la vie à l'horizontale, dans la rue, "c'est un autre angle de vue". Regardes et penses à l'autre, ton voisin ton frère! Lamine Hasni à Paris le 4/07/2014 à 8h24
LAURENT GAUDÉ, écrivain
Colère. Des corps d’hommes, de femmes et d’enfants sont à nos pieds. Amas de vie, de sacs, de couvertures trempées. Souf e bas, sur l’asphalte. Enfants endormis, à ras de terre, sur des matelas de carton. Colère. Dans nos villes de lumière, il y a un peuple de silhouettes recroquevillées, fatiguées par la vie, la pluie, l’oubli. Colère. Avons-nous oublié ce que c’est que la colère ? Laurent Gaudé à Paris 5e, boulevard Saint-Germain, le 18 décembre 2014, à 9 h 48
LOUIS DE GOUYON MATIGNON
« Je suis très heureux d'avoir pu participer à la campagne Exils Intra Muros. Aujourd'hui, 15 000 à 17 000 Roms vivent en France dans des conditions que nous ne pouvons plus tolérer. Peuple européen aux racines indiennes, les Roms sont nos concitoyens ; nous devons rester dignes, les protéger et les aider, afin que la vie vécue par ces hommes, ces femmes et ces enfants, corresponde à la vie rêvée par ceux qui écrivaient : " Les Hommes naissent libres et égaux en droit. Les distinctions sociales ne peuvent êtres fondées que sur l'utilité commune ". Louis de Gouyon Matignon à Paris le 11/07/2014, 08h24 Président du Parti européen et de l'association Défense de la Culture Tsigane.
LUCIEN BOUCHARA
MARIE PAYEN, comédienne
"Roheed, Qadir, Elena, Magalie, Amal, Hassan, Jean, Florin, Zia, Michel, Jan, Denisa, Fatouma, Nathalie, Amel, Andréa, Youssouf, Alexandru, Yoursalem, Fabrice, Maaza, Micha, Sara, Bilal, Khalil, Haben, Abou, Elena, Lilianna, Abram, Sami, Zakaryia, Crishna,Traian, Teodor, Stelian, Elhil, Elhilammal, Evelyne, Gerard, Jeiran, Narimane, Jasmine, kadija, Grigore, Nadia, Imane, Omeed, Esther, Hengameh, Yaya, Grace, Tinebeb, Yodit, Micha, Mohammed, Mariana, Anas, Haya, Catherine, Nour, Souzan, Ailan, Reem, Mariska, Ranim... Pardon." Marie Payen le 02/05/2016 7h17
MARTINE VOYEUX, photographe
Chaque soir en me couchant je me rappelle cette expérience très physique de me recroqueviller sur le sol d'une cabine téléphonique , froid, odeur, solitude en écho assourdi de bruits inquiétants -"au secours Marco t'es tjrs là ??? " Il m'a dit de fermer les yeux et de me laisser aller au sommeil ... Je suis partie dans mes pensées puis dans des bouts de rêves et j'ai mis mes mains tout contre moi, mais comment « dormir comme un ange en enfer… » Martine Voyeux le 17/12/2014 à 8h17
MATHILDE SERIELL, journaliste
Patrick Pelloux
« Demain, ça peut être vous. Ce n'est pas une menace mais une certitude. La misère arrive vite et en silence » Patrick Pelloux à Paris, le 10/01/2017 à 9h52
PIERRE GROSZ, auteur
" Tôt ce matin, allongé sur le sol dans un abri de rue, les gens me voyaient sans me voir. Avant d’y aller on y pense et je me disais : mais oui, c’est peut-être seulement le hasard qui m’a permis d’être là où je suis et pas sur le sol d’un abri de nuit, dans le froid de l’air et celui de l’indifférence. Se coucher là pour un moment, à cet endroit où d’autres dorment chaque nuit, le jouer, c’est comprendre quelque chose de bien simple : qu’est-ce qu’on peut faire ? Rien tout seul, tout ensemble. " Pierre Grosz le 22/02/2016 8h19
RAPHAEL GLUCKSMANN, essayiste
"Dans nos rues et sur nos places, relégués au fond de sinistres bidonvilles ou squattant des cabines téléphoniques hors d'âge, des milliers de miroirs hantent Paris. Ils nous renvoient une image de nous-mêmes si difficile à contempler que nous refusons de les voir, préférant zapper leur existence, faire comme s'ils n'étaient pas là ou les blâmer pour leur misère. La nature d'une société se lit dans le sort qu'elle réserve à ses marges. Les sans-abris en général et les Roms en particulier sont autant de reflets de la France et de l'Europe que nous sommes en train de construire ou plutôt de laisser péricliter.
Nous sommes un pays riche, mais une société bien pauvre si nous ne parvenons pas à trouver un toit à ces milliers d'enfants et d'adultes qui errent parmi nous. Nous avons un passé lumineux, mais un futur bien sombre si nous ne pouvons plus voir dans l'autre un semblable, dans l'étranger un proche, dans celui qui n'a plus rien un frère en condition humaine.
Notre nation mourra de ne plus être capable d'empathie. Et donc de solidarité. Nous nous recroquevillons sur nous-mêmes, ce que nous avons et ce que nous pensons être, cette fameuse identité qui ressemble de plus en plus à une prison pour le cœur et l'âme. Au bout du repli, il n'y a que la mort. Si nous voulons vivre, vraiment, comme citoyens et comme être humains, cessons d'ignorer les Roms, les sans abris, les sans papiers, ces sans rien qui portent la vérité de notre tout.
En les voyant, nous nous verrons nous-mêmes. En les aidant, nous nous aiderons nous-même. La chasse aux pauvres ne balaie pas la misère, elle creuse notre tombe à tous. " Raphaël Glucksmann le 17/06/2015 à 9h32
RAYMOND GURÊME
"Ce qu'on a fait avec cette photo, c' est très bien ! Que le gouvernement respecte ses lois, et que les politiques se réveillent un peu !
La République c'est pour tout le monde !" Raymond Gurême à Paris le 03 décembre 2014 à 9h28 Rescapé des camps, il est à 89 ans l'un des rares survivants d'une page occultée de l'histoire de France: celle de l’internement de 1940 à1946 sur le sol français de familles « nomades ».
ROBI, chanteuse
"Se lever un matin trop tôt et singer parterre un instant de sommeil, dans les rues vides de Paris que d'autres vivent à demeure. 
J'ai honte d'imiter la misère. Je suis gênée de l'effleurer pour l'image et de retourner tout de suite au confort, à l'oubli quotidien de la chance. 
Mais j'aurais eu plus honte encore de ne pas le faire. De ne pas prendre à moi ma honte. De préférer ne rien faire plutôt que de mal faire. 
Si d'avoir honte ou plus honte encore j'ai choisi la première option, j'ai bien conscience que ce choix lui aussi un luxe." Chloé Robineau le 11/07/2014 à 7h33
SAMIR GUESMI, acteur
SANDRINE ROUDEIX, photographe
"On pense d’abord aux regards des autres, et puis, tout de suite après, on pense à ce qui se joue. Roulée en boule dans un abri de verre et de poussière comme si je n’avais nulle part où aller. Les genoux collés écrasés contre ma poitrine. Les bras repliés en croix sous le menton, serrant à pleines mains trois couches de couvertures. A travers les deux cartons aplatis que Marc a posés au sol, doublés d'un vieux plaid grisouille, mon dos s’enfonce sur le socle en métal qui me gèle la colonne vertébrale. Au début, j’ai eu chaud. C'est l'hiver et je suis en pull et caban sous les épaisseurs froissées de laine. Et puis, j’ai eu tiède. Et enfin, froid. Ne pas ouvrir les yeux. Respirer lentement. Mes baskets cognent la porte refermée de la cabine. Pourtant, je suis petite. Comment font les grands gaillards ? Comment font les familles qui s’entassent à deux trois sans compter les sacs de couchage et les baluchons d’infortune ? Je cale mon front contre la paroi, le besoin de sentir du dur contre ma tête, un rempart ou un pilier, un mur de réalité pour ne pas sombrer. Mes sourcils se relâchent et je somnole. Quelques minutes immobiles à écouter mon souffle. Serrer mes paupières. Résister à l’envie de redevenir moi. Rester entre parenthèses. Comme eux, en attente de rien. Je sens l’air qui entre et sors de mes poumons, la preuve que je suis vivante, pourtant. Est-ce qu’ils y pensent, ceux qui se réfugient ici, défendant la place comme leur unique territoire ? Je renifle l’aigreur d'urines successives, la fumée des gaz d'échappement pris au piège dans la cabine, le parfum renfermé de la saleté. J'entends la plainte agacée d’un klaxon, le grincement d’un amortisseur, une femme qui roucoule dans son téléphone. Tous ont une vie, des trucs à faire, des gens à voir. Tous tournent autour de moi, soudain invisible. J'ai froid et je remonte les couvertures. Dehors, ça freine, ça accélère, ça claudique, ça vitupère. Dedans, c’est le silence. Au-dessus de moi, le combiné bleu attend un appel, une main tendue qui ne vient pas. Et puis la voix de Marc, enfin. C’est fini. Je me relève. D’autres n’ont pas cette chance." Sandrine Roudeix le 4/12/2015 à 9h34
SERCE TEYSSOT-GAY
"Mais la vérité, c'est l'homme humilié. L'homme qui ne compte pas. Fini le temps des phrases. La vérité, c' est la faim, la servitude, la merde. Comme aux pires époques. On en est pas sorti, elle est jolie leur Europe !" 
Leur Europe, 1949. Texte de Georges Hyvernaud. Serge Teyssot-Gay le 20/05/2016 à 8h14
SOPHIE ADRIANSEN, écrivaine
"Ça ressemble à un jeu. Me faire toute petite. Loger mon mètre soixante-dix-sept dans une cabine téléphonique au début du pont, rue Lafayette. Faire semblant de dormir sur le pont pour ceux qui habitent dessous. C’est minuscule, une cabine téléphonique. Et encore, celle-ci n’a pas de porte. Le verre arrête le vent mais pas le bruit. Comment dormir pour de bon au ras du sol, au-dessus des trains, entre les pas et les voitures ? Comment dormir quand n’importe qui peut crier, secouer, frapper ? Je ne m’étais jamais demandé. Ça ressemble à un jeu parce qu’ensuite je vais me relever, aller boire un deuxième café chaud dans mon appartement à double-vitrage, faire une lessive de mes vêtements. Tout cela je peux, même si je pose là. « Pas de logement = pas de vie » dit le mur juste derrière moi. J’en ai déjà pris la mesure. Personne n’est à l’abri de ne plus en avoir. On a marché un moment. Les cabines sont de plus en plus rares. On détruit même les solutions de dernier recours. L’objectif du photographe me protège. Il signifie la mise en scène. Rassure le passant. Les couvertures sur lesquelles je m’allonge sont propres. Mais la mise en scène me fait presque honte. A cause du café chaud, du double-vitrage et de ma machine à laver. Pour tant d’adultes et tant d’enfants, ça n’est pas un jeu. Ils sont des centaines de milliers à ne pas avoir de domicile personnel, des millions à ne pas avoir de logements décents. Le respect est absent des expulsions. En France. C’est ici que ça se passe. On ne veut plus le voir. En 2015, l’Assemblée nationale a reconnu que les animaux sont des êtres « doués de sensibilité » mais tant d’hommes vivent moins bien que des chiens. Invisibles aux yeux du monde. Exilés au cœur même de la société. Il en restera une image. Derrière la vitre sale, le teint vire au cireux. Le teint de ceux qui n’existent plus. Le teint des morts, juste avant l’affaissement définitif des paupières. Il est plus que jamais utile de faire porte-voix à la question que pose Marc Melki : Et si c’était vous ?" Sophie Adriansen le 03/03/2015 à 8h54
SYLVIE GRACIA, écrivaine
"Ce matin, Marc Melki a débarqué chez moi avec son carton et ses couvertures, j’avais repéré hier la cabine téléphonique, près de la station Buttes-Chaumont. Il a étendu les cartons, je me suis allongée, et j’ai fermé les yeux. Ces yeux fermés, c’est ce qui m’a le plus marqué la première fois que j’ai vu ses photos de familles roms, vivant dans la rue, place de la Bastille. Marc Melki photographiait leurs yeux d’endormis, et c’était à nos yeux fermés qu’il s’adressait, nos yeux accoutumés à la misère parisienne, ces corps couchés par terre, tissus et chairs emmêlés, poussettes-valises, jambes joufflues de bébés jaillissant des couvertures, hommes, femmes, vieillards, enfants. Et dans le fond du décor, la ville qui s’éveille est floue, absente, pendant que des pigeons picorent le goudron, à leurs pieds. Des centaines de photos, prises en maraude, des matins tôt. Et si c’était toi ? Cela ne sera jamais nous, toi et moi. Pas ici, pas maintenant. La question, c’est plutôt celle-là : Et toi, est-ce que tu vois ?" Sylvie Gracia 14/09/2014 à 7h40
YANNICK JADOT
Cette année, plus de 40 millions de personnes dans le monde auront été contraintes de se déplacer à cause de catastrophes naturelles. Cinq fois plus que les réfugiés dûs aux guerres et aux con its. Ouragans, inondations, sécheresses... le dérèglement climatique va faire exploser les compteurs dans les décennies à venir : plusieurs centaines de millions de personnes devront fuir des zones devenues temporairement ou pour longtemps inhabitables. Comme toujours, ce sont les plus fragiles et les plus pauvres d’entre nous qui en sont les premières victimes, parce qu’ils habitent dans les zones les plus exposées aux vagues-submersions, à la déserti cation, à la montée des eaux comme à celle des températures, à La Nouvelle-Orléans et au Bangladesh, à Saint-Martin et à Haïti, à Ouagadougou et dans les quartiers nord de Marseille. Beaucoup d’entre eux viennent en ville espérant trouver refuge et solidarité, le plus souvent condamnés à survivre dans les zones de précarité urbaine. Le sans-abri demain sera d’abord climatique. Plus nous tarderons à changer un modèle économique qui détruit l’environnement et abîme tant de femmes et d’hommes, plus les déplacements de populations seront massifs et couvriront de longues distances. Alors bien sûr, nous devons agir vite et fort contre le dérèglement climatique pour éviter la catastrophe. Et construire des sociétés résilientes à ses impacts. En urgence, nous devons adopter un statut international du réfugié climatique, lui garantissant protection et assistance. Bref, la solidarité contre le chaos et l’humiliation. A Paris, avenue Mathurin-Moreau, le 20 septembre 2017, à 9 h 28
TiERI BRIET, écrivain
Avant Oslo, Vasile et Simona ont dormi dans la rue à Paris, à Marseille et Montpellier. Ils ont habité une toute petite caravane déglinguée du côté d’Arles, une cabane de planches et de parpaings dans leur village de Roumanie. Ils ont eu faim souvent, je le sais, et quand Simona mendie, elle ne reçoit pas que des pièces. Il y aussi des insultes, des menaces et des crachats, quand ce ne sont pas des coups de pied ou des PV de la police municipale. Chaque jour je pense à eux, je sais qu’ils mendient pour survivre et je n’accepte plus le sort qui leur est fait en Europe. Je ne suis pas non plus assez riche pour les sortir du merdier que nos lois et nos élus réservent au peuple des Rroms. Souvent j’enrage. Parfois aussi je pleure, comme ce jeudi où le père de Vasile a été blessé par balles pendant qu’il cherchait dans une poubelle de quoi manger le soir. Comment demander justice pour Vasile et les siens ? Je ne sais pas, mais ce n’est pas faute d’avoir tout essayé. Par impuissance, par solidarité je dors comme eux dans la rue pour une photo de Marc Melki. Pour la campagne d’Exils Intra Muros. Parce que je n’accepte plus que mes amis rroms soient montrés du doigt, quand un premier ministre ou un préfet déverse sa haine et sa bêtise sur un peuple de parias déjà à bout de forces. Je n’en peux plus de me battre contre l’indifférence, les ricanements et les idées reçues. Vasile et Simona sont mes amis les plus chers et leurs enfants sont deux petites merveilles. Je ne peux pas habiter ce continent où des merveilles sont condamnées à dormir dans la rue tout le temps que durera leur enfance. Tieri Briet le 29/04/2015 à 8h36
Valérie PEUGEOT
" Il y a 25 ans avec quelques amis nous avions créé le magazine La Rue, parce que nous ne comprenions pas qu’à la fin du 20ème siècle, dans un pays riche, on doive encore se contenter du bitume pour lit et du ciel pour abri. 25 ans plus tard, les rues sont toujours aussi habitées la nuit, si ce n’est plus. A ceux que la vie n’a pas épargnés viennent se mêler ceux que la misère ou les guerres ont chassés sur les routes. Mon sentiment d’impuissance n’a fait que grandir. Cette photo n’y changera rien, mais elle vient dire modestement que mon indignation est entière. Une indignation que je voudrais partager avec ceux dont le regard s’arrêtera même fugacement sur les photos de Mark Melki. Comme un anti-poison à l’indifférence et au repli sur l’entre-soi." Valérie Peugeot le 17/05/2016 à 8h39
VALÉRIE RODRIGUE, écrivaine
"Dormir dehors, c'est avoir froid, avoir mal, avoir honte, quand la honte devrait être de l'autre coté, chez ceux qui passent, regardent, jugent et ne font rien." Valérie Rodrigue à Montrouge à Paris le 10/03/2016 à 9h49.
Yan Morvan, photographe
Le nouveau “ mobilier urbain” qui est apparu dans les rues de nos grandes villes, comprenez les personnes “ sans abri”, a une utilité fondamentale dans le nouveau paradigme de société qui est en train de se dessiner - la société immatérielle réorganisée par des automates et le travail à la carte. Cette fonction, la précarité et son avant-garde ; Les déracinés errant sans but dans nos rues distillant la peur est la mise en garde aux prolétaires et aux exclus de la rente ( financière, médiatique, “artistique” ou politique) de prendre garde à toute expression de révolte et de remise en cause du sacro-saint credo de la consommation ( plus soft que le gibet du moyen-âge). Leur exposition est donc vitale aux yeux de ceux qui nous gouvernent pour nous rappeler combien notre existence dépend d’eux et on peut penser dire ou du moins désespérer de dire : “Et maintenant c’est moi “. Yan Morvan à Paris, le 30/01/2017 à 10h17
WALLACE ETYOUMI, chanteurs
8 h du mat Youmi et moi on a rencard avec Marc Melki, il fait un travail photographique merveilleux sur les Rrom's qui vivent dans des cabines téléphoniques ou des abris bus de la capitale . Il nous a demandé de nous mettre dans la peau d'un Rrom's de cabine ou d'abris bus . Marc , il est comme nous , outré non subventionné et livre son combat tout seul avec ses moyens du bord , il nous touche , n'a rien à vendre et loue son énergie à titre gratuit dans l'urgence ... Il faut les aider , à survivre , aller à l'école , s'y maintenir . Aujourd'hui plus qu'hier parce que voici poindre l'hiver ... Wallace Etyoumi à Paris le 24 octobre 2014, 8h.
CALI, chanteur
« C’est une mise en scène. Je suis allongé sur des cartons, enveloppé dans des couvertures de fortune, dans cet espace auto-lib dont le propriétaire a pris soin d’enlever les parois de verre, qui auraient pu me protéger du vent glacial. Il fait très froid à Paris ce matin, comme depuis le début de l’hiver et, j’imagine, jusqu’au printemps. Sous la direction de Marc le photographe, je ferme les yeux, comme endormi. Et si c’était moi? Il shoote mon corps étendu comme un sac de désespoir à même le sol. Quand on est couché par terre, la musique des pas qui passent et résonnent sur le trottoir juste au-dessus de la tête est étrange. Fascinante. Inquiétante. Des pas d’enfants? De vieux? De mamans? D’amoureux? … Elle ne s’arrête jamais. Personne ne s’arrête jamais.» Cali à Paris le 25/01/2017 à 12h35
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